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El Niño très probablement de retour à partir de l’été 2026 : quelles conséquences à l’échelle planétaire ?

14/04/2026

Un nouvel événement El Niño est en train de se mettre en place et débutera très probablement à partir de l’été 2026. Certains modèles de prévision saisonnière suggèrent que l’épisode pourrait même atteindre des niveaux tels qu’on parlerait de « super El Niño* ». L’épisode pourrait alors contribuer, en se superposant au réchauffement de long terme induit par les activités humaines, à atteindre des niveaux inédits de températures à l’échelle planétaire en 2026-2027. L’amplitude de ces prévisions et de l’impact de ce phénomène à l’échelle du globe reste toutefois à confirmer. Explications.

El Niño : qu’est-ce que c’est ?

El Niño et sa phase opposée La Niña sont les noms donnés à une variation naturelle du climat, qui induit une variation marquée de la température des eaux de l’océan Pacifique équatorial, une modification de la circulation atmosphérique mondiale et peut occasionner certains événements extrêmes sur un grand nombre de régions. El Niño n’est actuellement pas encore visible, même si des températures plus chaudes ont fait leur apparition à l’ouest de l’océan Pacifique, à proximité de l’Amérique du sud. Il devrait se développer d’ici la fin de l’été 2026 pour atteindre son maximum en fin d’année.

Le saviez-vous ?
El Niño se produit avec une périodicité de 2 à 7 ans environ. Le dernier épisode en date a été observé à partir de l’été 2023 jusqu’au printemps 2024.

L’œil de l’expert

En moyenne (situation « normale » dans le Pacifique), les alizés, vents des régions intertropicales, soufflent d’est en ouest et poussent l’eau chaude de surface vers l’ouest du Pacifique équatorial au niveau des côtes indonésiennes. Au large du Pérou, des eaux froides remontent des profondeurs et modèrent les températures de surface océaniques près des côtes. Les eaux de surface sont plus chaudes à l’ouest du bassin, vers l’Indonésie, la Papouasie et le nord de l’Australie. Ces températures élevées favorisent des précipitations plus abondantes en moyenne.
Lorsque survient un épisode El Niño, cet équilibre s’inverse : en basse altitude, les vents d’est faiblissent, voire s’inversent, et l’océan devient plus chaud aux abords des côtes du Pérou. Les eaux les plus chaudes, habituellement à l’ouest du bassin, se situent plutôt au centre du Pacifique. Par conséquent, les précipitations se font moins abondantes sur l’ouest, et, en moyenne, plus fortes sur le centre du Pacifique.

Cliquez ici pour en savoir plus sur le phénomène El Niño et son pendant, la Niña

D’où vient le nom El Niño ?

Les pêcheurs péruviens ont été les premiers à remarquer ce phénomène de réchauffement des eaux qui rendait la pêche moins fructueuse. Ce réchauffement s’observe souvent à partir du mois de décembre et a ainsi été surnommé El Niño, « le petit garçon », en référence à El Niño de Navidad, l’enfant Jésus en espagnol, célébré à Noël.

El Niño : quelle est la situation aujourd’hui ?

Après un épisode La Niña peu marqué pendant l’hiver 2025-2026, un retour à des conditions normales dans l’océan Pacifique équatorial est en train de se réaliser.

En effet l’indice Niño3.4 (indice calculé par l’écart moyen à la climatologie des températures de surface de l’océan sur la région définie entre 5° N et 5°S, et 170°W et 120°W) qui se situait autour de -1 °C en novembre et décembre 2025, remonte au mois de mars à une valeur de -0.2 °C, très proche des normales.

Sur la base des prévisions saisonnières à 6 mois de Météo-France et d’autres centres météorologiques, cet indice devrait poursuivre sa hausse au cours du printemps. On pourrait probablement basculer en phase El Niño dès l’été prochain. 


Anomalies de température de surface des océans moyennées en mars 2026 - Mercator Ocean International
 

Se dirige-t-on vers un « super El Niño » en fin d’année?

*Le terme « super El Niño », qui n’est pas un terme scientifique mais mentionné dans de nombreux médias, désigne généralement des épisodes pour lesquels les anomalies de températures de surface de la mer dépassent les 2 °C, sur la partie centrale et orientale du Pacifique équatorial, comme lors des épisodes de 1997-1998 et de 2015-2016. Lors des épisodes les plus forts, ces anomalies peuvent atteindre 3 °C.

« Certains modèles de prévision numérique à échéance saisonnière prévoient, dans leurs simulations du mois d’avril, une augmentation marquée de ces températures, susceptibles d’atteindre ou de dépasser le seuil de 2 °C en fin d’année. Mais il est trop tôt, compte tenu de l’incertitude de la prévision à cette période de l’année, pour affirmer que l’on dépassera ce seuil. »
Lauriane Batté, climatologue à Météo-France (Direction de la Climatologie et des Services Climatiques)


Anomalie de températures de surface de mer sur le centre du Pacifique (boîte Nino34) : en bleu les observations, en rouge les 51 prévisions du modèle MF système9, en pointillé la moyenne des prévisions et en vert la climatologie du modèle (valeurs des percentiles)

 

Les effets d’un « super El Niño » sont plus prononcés en moyenne qu’un épisode El Niño plus modéré. Cependant, compte tenu du réchauffement climatique moyen, l’indice Niño 3.4 atteint plus facilement des valeurs élevées que par le passé. Les impacts du phénomène sur les régions tropicales et les régions tempérées dépendront donc également de la réponse atmosphérique.
 

El Niño : quelle influence sur le climat mondial ?

Les phénomènes El Niño, et son pendant La Niña, se forment au cœur de l’océan Pacifique, soit la plus grande étendue d’eau de la planète. Ils affectent le climat mondial dans son ensemble. En général, les phénomènes La Niña sont moins marqués que les phénomènes El Niño.

Lors d’épisodes El Niño, des conditions plus humides sont souvent constatées sur la côte ouest de l’Amérique du Sud, la Corne de l’Afrique ou dans le sud des États-Unis, alors que des conditions sèches sont le plus souvent observées de l’Océanie à l’Australie ainsi que sur le bassin de l’Amazonie. El Niño peut en particulier influencer les conditions climatiques sur les territoires d’outre-mer situés dans les régions tropicales et subtropicales.

Par ailleurs, un épisode El Niño va contribuer à augmenter la température de surface de la planète pendant plusieurs mois. La survenue d’un événement El Nino marqué en 2026-2027, s’ajoutant à l’effet du changement climatique, augmenterait les probabilités d’observer en 2026 ou en 2027, une valeur de température moyenne planétaire proche ou supérieure au record de 2024. Rappelons que cette année là, c’est l’influence d’El Niño, mais également de l’ensemble des bassins océaniques, qui avait contribué, en plus du réchauffement climatique, à atteindre des niveaux inédits de température depuis le début des mesures, dépassant le seuil symbolique de 1.5°C de réchauffement depuis la période pré-industrielle 1850-1900.

El Niño : y a-t-il une influence sur le climat en Europe ?

Si les conditions atmosphériques le permettent et si l’intensité du phénomène est suffisante, les impacts d’un phénomène El Niño peuvent se propager au-delà de la zone équatoriale et de la zone Pacifique, notamment en hiver boréal. 

Cet impact est généralement nettement plus faible que l’impact moyen lié au changement climatique qui se traduit par une tendance à la hausse des températures, particulièrement marquée sur l’Europe. C’est pourquoi les effets de El Niño pourraient être peu ou pas perceptibles sur l’Hexagone et la Corse, mais concerner davantage les territoires ultramarins.

Les prévisions restent à affiner au fil du temps.

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